27.02.2008
En route vers l’agglo
Le premier volet du Forum Art, culture et création s’est déroulé le week-end dernier au Théâtre du Grütli (le Grü, pour les puristes). Succès incontestable pour ce rendez-vous qui réunissait représentants des milieux culturels et politiques.
Lancé par le Rassemblement des artistes et acteurs culturels (RAAC) à la suite de l’annonce par l’Etat de son intention de se désengager de la culture à Genève, ce premier volet avait d’abord pour but de dresser un état des lieux de la situation genevoise dans le domaine du théâtre, de la danse, du cinéma, de l’édition et des arts plastiques. Ce qui fut fait, avec sérieux, par les représentants des différents domaines. Les élus avaient également été invités à exposer leur point de vue et leur engagement dans le domaine culturel. Le Canton et la Ville, bien sûr, mais aussi les maires des communes urbaines de Plan-les-Ouates, Meyrin, Carouge et Onex. Les représentants de Pro Helvetia, de la Confédération et de la Loterie romande complétaient une belle palette d’intervenants soucieux d’informer, d’expliquer et de défendre leur rôle et leur action.
Beaucoup de choses furent dites dans l’écrin rouge et bondé de la « black box ». Quelques promesses furent délivrées – plus question du désengagement de l’Etat à l’égard de la culture, par exemple -, des affirmations martelées – l’importance de la culture aux trois échelons confédéraux – et des espoirs caressés pour que soient clarifiées les responsabilités des uns et des autres, développé le dialogue et la concertation entre les partenaires. Pas question pour autant de tenter un bilan dans ce modeste blog : il y aura sans doute des actes pour ça.
Je souhaite plutôt relever une constante sous-jacente aux interventions qui se sont succédées durant cette journée de studieuses palabres. Celle qui consiste à reconnaître que les coutures administratives traditionnelles qui découpent le territoire gênent de plus en plus aux entournures lorsque l’on parle de culture. Et que le moment est peut-être venu d’imaginer comment les redessiner, à défaut de pouvoir les supprimer, afin de mieux soutenir la vitalité et la diversité de la scène culturelle genevoise. En particulier celle qui demande à s’exprimer hors des structures et des institutions bien établies dans leurs murs et leurs traditions.
En effet, les espaces disponibles ont fondu comme squats évacués en Ville de Genève. La fin programmée du site Artamis promet de mettre à la rue (provisoirement je l’espère) des dizaines d’artistes et d’artisans ; le futur de Mottatom n’est pas plus assuré dans la durée. Après la chute de la maison Rhino et l’arrêt de l’expérience de la rue de l’Arquebuse, les représentants de la culture indépendante ont donc de quoi faire la grimace. Quant aux grandes institutions culturelles, dont certaines rayonnent aussi à partir des communes suburbaines, leur mode de financement à long terme requiert également que soient revues les fonctionnements actuels.
Dans ce contexte, il me paraît indispensable de défendre un engagement politique clair pour définir et mettre en place un véritable concept d’agglomération. La création du Groupe de concertation culturelle qui réunit à ce jour une quinzaine de communes va dans ce sens. Cette enceinte doit tout à la fois permette de faire avancer la réflexion sur les enjeux globaux et jeter les premières passerelles vers des réalisations intercommunales communes.
Un premier projet pourrait avoir valeur de test : la recherche d’un terrain ou d’un site afin d’ y créer la première « zone affectée aux activités culturelles » à Genève selon l’heureuse formule de René Longet, maire de la commune d’Onex, lors du forum du RAAC. Les communes intéressées se partageraient le financement de l’opération ; elles disposeraient ensuite, au pro rata de leur engagement financier, d’une partie des locaux construits. Ce projet apporterait une réponse pragmatique à un problème persistant, et qui ira sans doute en s’amplifiant : le manque de locaux pour les artistes et les acteurs culturels résidant dans le canton. Ce serait également une première réponse concrète à l’appel maintes fois réitéré - tous cercles culturels et politiques confondus – à une meilleure collaboration entre collectivités publiques locales...
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30.01.2008
Echos d’écoquartier
Une course d’école très studieuse. Fribourg-en-Brisgau, Malmöe Copenhague. A la découverte d’expériences menées par les municipalités pour promouvoir ce que l’on appelle désormais les « écoquartiers». Genève y songe : le site actuellement occupé par Artamis, les espaces entourant la gare des Eaux-Vives pourraient donner lieu à de stimulantes avancées éco-urbanistiques.
Mais comment faire pour bien faire ? D’où l’idée du Conseil administratif d’aller voir par lui-même ce qui se qui se fait d’exemplaire dans le domaine en Europe. Riche d’enseignement, la course d’école !
Qu’est ce qu’un écoquartier ? C’est un espace où il fait bon vivre car il répond à trois besoins essentiels : un environnement social équilibré ; le respect communément consentis de normes écologiques tout en ménageant une réelle attractivité sur le plan économique.
Les visites successives, accompagnées de concepteurs ou de résidents, disponibles et compétents, ménagent bien sûr leur lot de surprises, tels ces « immeubles passifs » producteurs de chaleur ou encore ces façades entièrement couvertes de panneaux solaires parfaitement intégrés dans leur environnement…
Mais au-delà des constructions qui bénéficient de tous les acquis technologiques d’une ingénierie astucieuse et innovante, ce que l’on retiendra surtout de ces visites est assez paradoxal.
Venu pour se familiariser avec ce qui se fait de mieux, ou en tout cas de plus pointu, dans le domaine, le Conseil administratif a aussi pu se forger une idée de « ce qu’il ne faut pas faire » en la matière.
En deux mots : la concrétisation du triple objectif – écologique, social et économique – est loin d’être facile à réaliser. A Fribourg-en-Brisgau, le fameux éco-quartier de Vauban, l’un des plus anciens d’Allemagne, séduit par ses aménagements et ses solutions écologiques éprouvées. Mais la porte n’est pas ouverte à tout le monde : il faut en effet être (presque) riche pour y résider, cette contrainte excluant de fait la diversité sociale que l’on pourrait souhaiter dans le quartier. En grande majorité, ce sont finalement les écolos bo-bo qui y ont droit de résidence.
Changement complet d’atmosphère à Copenhague lorsque vous déambulez dans le quartier de Vesterbro. Et encore, le terme « déambuler » n’est ici pas vraiment de mise, tant l’espace public du quartier est limité par d’innombrables espaces privatifs, fermés par autant de barrières et de portails destinés à cloisonner le territoire. Vraiment déroutant (pour un genevois surtout), quand on sait que la réalisation de ce quartier est le produit d’une démarche participative destinée a prendre au mieux en compte les besoins des futurs résidents. Voici donc un ghetto construit démocratiquement…mais aboutissant à une forme de sélection « culturelle » et fermé à toute mixité avec l’environnement extérieur.
Malmoë enfin, et son tout nouveau site appelé BO01 en bordure de mer. L’eau y est partout, amenée pour agrémenter les espaces communs et de détente. Les immeubles d’habitations témoignent des dernières avancées technologiques destinées à réduire leur empreinte écologique. Gros bonus sur ce plan. Comme sur le plan social, semble-t-il : la municipalité a joué à fond la carte de la diversité : par le choix des concepteurs, des architectes et des promoteurs (publics et privés) d’abord, qui se partagent les zones de constructions ; par le cahier des charge imposé ensuite : création de logements pour étudiants, familles, etc. imposant une vraie diversité de la population résidente. Enfin, sur le plan économique, d’excellentes liaisons (transports publics notamment) avec les quartiers alentours, créent une vraie mixité qui contribue à l’animation et à la vie sociale du quartier.
Exemple à suivre ? …Imaginez le lac (ou le Rhône) baignant le futur écoquartier du boulevard Saint-Georges…
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09.01.2008
Un putsch ? Quel putsch ?
« La Bâtie devient fondation : la Ville a réussi son putsch ! » Tel est le titre du texte signé Bernard Laurent, dans la rubrique l’invité de La Tribune de Genève du 8 janvier. Les mêmes propos de celui qui se présente comme un « ex-membre de la future ex-association La Bâtie » étaient d’abord parus dans l’édition du Courrier du 28 décembre dernier.
L’auteur y dépeint une situation cauchemardesque : les collectivités publiques auraient monté une véritable opération « commando » pour faire main basse sur le festival de La Bâtie, le « municipaliser » de force, substituant au « savoir-faire du milieu associatif (…) une armée de fonctionnaires et d’experts », dressée à « surveiller et punir », véritable cohorte de « sergents-majors » suspicieux et obsédés par la traque au « gaspillage des deniers publics ».
La charge est plutôt vive pour dénoncer cette « victoire » de l’administration sur la création. On prend note. Mais à l’heure où les Genevois commencent à déposer leur arme personnelle à l’arsenal, tentons de démilitariser le débat pour le placer sur un terrain plus propice au dialogue. Car enjeu il y a pour l’avenir d’une manifestation qui appartient de fait au patrimoine artistique et culturel genevois.
Pourquoi transformer la Bâtie en fondation ?
Pour consolider la manifestation. Lui donner du poids. La rendre plus libre, aussi. Et enfin : lui permettre de muer et se développer à l’abri de toutes pressions autres que celles dictées par les missions que lui assignera, en toute connaissance de cause, son conseil de fondation.
La Bâtie est née du milieu associatif ; elle a grandi dans le milieu associatif. Grâce à son engagement permanent, ce milieu a réussi à imposer le festival comme un événement incontournable de la rentrée estivale. Les collectivités publiques, la Ville en particulier, ont apprécié à sa juste mesure cet engagement en lui apportant un soutien financier constant, et important. En prenant de l’ampleur, le festival s’est aussi professionnalisé : en a-t-il pour autant perdu son âme artistique ? Bien au contraire.
Lui offrir aujourd’hui l’opportunité de se transformer en fondation est précisément une manière de reconnaître cette évolution, de lui donner les moyens de s’adapter structurellement. Pour les collectivités publiques, l’objectif est de garantir dans la durée un véritable statut d’autonomie à la manifestation, tant vis-à-vis d’elles-mêmes qu’en regard des pressions qui pourraient s’exercer pour tenter de limiter son évolution ou diminuer son rayonnement.
Pas de sergents-majors, dans le conseil d’administration. Juste des représentants des milieux culturels, choisis par leurs pairs – ne sont-ils pas les mieux à même, bien sûr, de plébisciter ces « passionnés » et ces « compétents » dont M. Bernard Laurent regrette tant la mise en retraite forcée ? Plus un représentant de chaque collectivité publique impliquée dans le financement de la manifestation.
Pas de « municipalisation rampante » donc, ni de mise sous tutelle artistique. Juste la volonté de donner à la fondation la responsabilité pleine et entière de choisir le pilote et le cap.
Pas de suspicion tatillonne et mesquine. Juste l’adaptation aux normes recommandées, et surtout largement admises, si l’on prétend défendre une saine gestion, une gestion transparente des deniers publics.
Alors, oui, parlons-en de l’avenir de La Bâtie, plutôt que de se borner à jouer les Zorro ou les tontons -flingueurs revanchards…Car cette fondation se fera bien en partenariat avec ceux qui, aujourd’hui, font le festival.
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